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Pong Musical: Tears For Fears: Raoul And The Kings Of Spain

Ce matin, alors que j’étais levé aux aurores, enfin les aurores pour moi, qui ne sont pas les mêmes que les aurores de ceux qui se lèvent à leurs aurores à eux et qui, seuls sur la route, longent et admirent la Loire, bref je me suis dit qu’il était temps que je m’attaque à la rédaction de mon Pong. Et pas de préquel cette fois, faut que je remette les choses dans l’ordre. C’est bien l’ordre. Ca permet de s’y retrouver. Autrement c’est vite le bordel. Alors pour éviter de préqueller j’ai écouté The Pinneapple Thief. Pas une fois. Deux fois.

Mais une seule fois aurait été suffisante pour dire que « Your Wilderness » est, comme l’a dit le brûleur de bois, un album qui régale et qui est très juste. Musicalement, y’a pas à dire, cela frôle les étoiles, les musiciens sont brillants, la production au service des instruments. Que dire des arpèges et des voix, de « No Man’s Land » ? L’arrivée du piano, de la basse, des percussions et des guitares te font dire Wahou !, puis à nouveau Wahou !, et encore Wahou !, et pour terminer Wahou ! Et la fin du morceau, nette tranchante, te laisse sans voix. Bon, je vais rien ajouter à ce qu’a dit le gars Bridouz, juste qu’à un certain volume la basse de « That Shore » sort des vieilles 3A Apogée Monitor en te faisant vibrer les entrailles, et qu’alors tu as envie de dire : Merci.

Bon, la question est : que répondre à un tel Ping ? Je suis parti sur plein de pistes, sans que rien ne s’impose vraiment dans les choix qui s’offraient, et puis deux mots du Ping m’ont tilté l’attention : Pop et Mixage. Et là, forcément « Sowing The Seeds Of Love » de Tears For Fears s’imposait : un album qui s’ouvre avec « Woman In Chains » et se termine dans un champ de coquelicots, enfin c’est l’image, plutôt jolie et apaisante, que j’avais en écoutant cet album à une époque de ma vie pas très jolie et pas très apaisante. Cet album est un classique, et malheureusement les deux leaders de Tears For Fears étaient deux beaux gosses des années 80 trop vite rangés dans la catégorie variétes internationnales, alors que l’intro de « Badman’s Song », mais en fait tout l’album, est musicalement un tout petit peu au dessus de la catégorie variétés… Et si on veut passer à la radio on fait rarement des morceaux de plus de 6 minutes. Mais je m’énerve, je le sens bien, alors je vous laisse écouter tout seul cet album pour juger par vous même si j’ai raison ou pas…

Donc, moi je voudrais vous parler d’un album mal aimé de Tears For Fears où il n’y avait alors plus qu’un seul beau gosse aux manettes, un album moins parfait peut-être, mais qui vaut quand même une écoute attentive parce que, tout simplement, ça vaut le coup…

Alors ça commence par une guitare, comme bien souvent dans la musique qui nous porte, et puis une basse, et puis la voix, p***** de voix, le genre à te frissoner l’échine, voire la moelle épinière, et puis ça flue et reflue, parce qu’il faut bien que ça flue pour refluer, et les dernières notes de « Raoul And The King Of Spain »  encore dans tes neurones, les première de « Falling Down » viennent te titiller par un nouveau flux et un non moins nouveau reflux, car Roland Orzabal, l’architecte de tous ces sons n’aime rien moins que les morceaux où les moments de calme alternent avec des moments plus puissants, et ça tombe bien, c’est lui qui écrit tous ces morceaux, alors forcément, comme il est le seul rescapé des premières années de Tears For Fears il construit les morceaux comme il les aime, et c’est très bien comme ça.

Après « Secrets » on arrive à « God Mistakes » , deux morceaux agréables, mais les premières de « Sketches Of Pain » t’emmènent dans un enchevêtrement de guitares, de voix, qu’il faudra réécouter de nombreuses fois pour épuiser toutes les notes de bonheur qui se cachent un peu partout dans ce morceau. « Los Reyes Catholicos » est une petite pièce qui en moins de deux minutes te plonge dans une nostalgique tristesse, et ce n’est pas « Sorry » qui va te rendre tout léger et tout joyeux ensuite…

« Humdrum And Humble » apporte une ambiance un peu moins plombante, les guitares s’amusent, les cuivres apportent un peu de brillance avant que « I Choose You », avec ses parties de piano-guitare-voix, ne capte ton attention. Morceau qui instantanément attire l’oreille. Exactement comme les moteurs et hurlements de pneus avant qu’un petit riff de guitare bien senti te fasse hocher la tête au rythme de « Don’t Drink The Water », morceau pêchu juste avant « Me And My Big Ideas », petit bijou, taillé comme un beau diamant, du genre qui ressemble à la voix d’Oletta Adams, la voix qui complète celle d’Orzabal comme une sœur jumelle. Un morceau que je me suis écouté en boucle, les dernières notes appelant à en reprendre une dose, le genre de morceau pour toxicomane de la musique… La reprise de « Los Reyes Catholicos » clôt l’album, et moi j’y vois une caravelle, les voiles gonflées par un vent de terre, qui quitte le port et rêve déjà d’un endroit luxuriant de verdure, tout en sachant qu’on peut ne pas y arriver, victime des pirates ou des mauvais vents… Mais si à l’époque des caravelles, de Christophe Colomb et des Reyes Catholicos il y avait eu des lecteurs CD ou Mp3, je suis certain qu’ils auraient embarqué avec « Raoul And The King Of Spain » pour écouter sur le bateau les soirs où le soleil couchant explose le ciel, et aussi les journées sans vent où le temps et le voyage s’arrête, faisant douter de la pertinence d’entreprendre une telle navigation vers une terre hypothétique.

Mais vous pouvez y voir tout autre chose, moi ça me gêne pas, chacun se fait son propre cinéma sur une bande son, et celle de Tears For Fears est foisonnante, donc propice à l’imagination, qui j’en suis certain, est la meilleure aide pour traverser la vie. Amen.

Bonne écoute.