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Tranche de vie : Avertissement

Quand la luminescence du lac disparut, chacun réagit différemment, selon sa nature profonde.

Les costumes-cravaches pensèrent tout d’abord qu’on leur avait mystérieusement volé leur butin. Butin qu’ils avaient eux même l’intention de voler à la Terre. Mais ce n’était nullement un sujet de réflexion pour eux : depuis les temps anciens ils avaient divisé la Terre en petits morceaux, et chacun avait le droit de Pillage sur ce qui était en dessus et en dessous. Les conséquences n’étaient pas envisagées. Ce carré est à moi, je fais ce que je veux et tant pis pour les autres. Pendant longtemps la plupart des humains s’échinaient à produire leur nourriture, juste de quoi survivre la plupart du temps, en cultivant leur carré de terre. Ou en travaillant pour celui qui possédait le carré et qui leur laissait généreusement des clopinettes pendant que lui et ses proches engraissaient leur carcasse et le nombre de leurs carrés. Cela fonctionna longtemps comme ça, puis les gueux réclamèrent l’égalité un peu partout dans le monde. Parfois ils gagnaient, parfois ils perdaient, mais les costumes-cravaches réussissaient toujours rapidement à reconstituer le même modèle. Et toujours en exploitant plus violemment la Terre.

Quand ils réalisèrent que les pierres précieuses étaient en train de mystérieusement s’enfoncer dans la terre, ils s’empressèrent de vider le Lac et de récupérer tout ce qu’ils pouvaient. Très peu en fait par rapport aux tonnes d’études géologiques réalisées par des experts qui avaient évalué les potentiels bénéfices de l’exploitation de ce site et promis de juteux fleuves de dollars (ces gent là ne parlaient qu’en dollar…). Bref ils étaient très déçu par le peu de jus récupéré. Ils ne comprenaient pas.

Robert, lui, était de plus en plus persuadé que la Bête avait utilisé un tour de sorcellerie pour faire disparaître la luminescence du Lac auprès duquel il avait passé autant de temps. Robert était un être fascinant : roi de la programmation, de l’utilisation des logiciels les plus complexes, il faisait preuve d’une remarquable intelligence. Et en même temps croyait à la Sorcellerie, la Magie Noire et autres croyances surnaturelles. La Bête pour lui faisait partie de ce monde. Un monde où des formules latines récitées à l’envers un soir de nouvelle Lune pouvaient avoir des effets plus que surprenants. Mais si c’était la Bête qui avait fait disparaître la luminescence du Lac, c’était bien les hommes qui avaient vidé le Lac puis labouré ses entrailles..Ce qui fit naître en lui une colère contre les hommes, tous les hommes…

Son ami le naturiste plein de poils souvent à poil était celui qui était le plus proche de la vérité. Enfin très loin d’imaginer la vérité vraie, mais dans la bonne direction. Il disait tout simplement à Robert que la Nature qui avait rendu ce lac si beau avec sa luminescence étrange l’avait reprise car les hommes ne respectaient rien. En y réfléchissant bien, son raisonnement était, à première vue, tout aussi surnaturel que celui de Robert, mais il était tout aussi convaincu que lui par son explication. L’amitié avait ceci de si extraordinaire entre eux qu’ils ne s’opposaient pas l’un à l’autre, chacun disant: « Il y a plein de choses qu’on ne comprend pas, qu’on ne connaît pas, alors tu as peut-être raison, peut-être… »

Pendant ce temps là, sous les flaques et la boue qui avaient remplacé toute cette belle eau luminescente, les roches et la terre se contorsionnaient pour avaler toutes ces pierres si convoitées. Petite revanche pour ce qui était un peu méprisé, il faut bien le dire, contrairement à toutes ces pierres précieuses qui faisaient tourner tant de têtes… Pourtant, il y a fors fors longtemps l’égalité était la règle. Jusqu’à ce que ces créatures qui allaient bientôt tout ravager commencent à se battre pour posséder ces éclats de lumière. Alors les pierres précieuses avaient commencé à avoir la grosse tête, ce qui était aussi arrivé au chêne par rapport au frêne par exemple. Le fait d’être un peu plus convoité que le voisin gonflait immanquablement l’ego…

Mais un jour on avait demandé à la boue et aux roches de donner un petit coup de main.

Ceux qui se nommaient entre eux « les Hommes » avaient besoin d’une petite leçon. Et tout le monde était à égalité pour régler ce petit problème… Dans les moments difficiles, l’égalité redevient la règle…