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Tranches de vie: Entracte et Fin

Bonjour,

Si vous lisez ces lignes c’est qu’il n’y a plus rien. Plus rien à part moi. J’ignore d’ailleurs comment quelqu’un pourrait lire ceci un jour puisqu’il n’y a plus rien, plus personne. À part moi bien sûr. Et vu que je suis l’auteur de ce texte je n’ai nul besoin de le lire, d’autant plus que je n’ai pas encore fini de l’écrire, mais en admettant qu’il soit terminé quel intérêt aurais-je à le lire sachant que je viens de le finir. Mouais.

Donc, je disais que si vous lisez ceci, je ne vois toujours pas comment, désolé, admettons que vous puissiez - à oui, là c’est mieux - le lire alors vous tenez dans vos mains le dernier texte de l’espèce humaine, le seul d’ailleurs.

Les Hommes sont des animaux comme les autres, excepté bien sûr leur complexe de Dieu. D’ailleurs vous en connaissez vous d’autres animaux voulant par-dessus tout dominer le monde, tout en croyant en des personnes justifiant les actes cruels qu’ils perpétuent ? Non, pas la peine de se casser la tête à chercher, la réponse est non. Point.

La fin du monde commença ainsi.

Ma ballade, admirant les merveilles de la vie, n’y voyant que les merveilles d’ailleurs, y compris dans l’apocalypse, avait débuté tôt ce matin-là. Il faisait beau, assez chaud pour aller se promener toute la journée et admirer la nature printanière, pleine de vie retrouvée. Après un copieux petit-déjeuner, un tour dans le potager, une toilette succincte, je partis en prenant la route pour commencer.

J’avais pris l’habitude de toujours faire la même balade. Les ignares penseront certainement que cela est absurde de toujours passer aux mêmes endroits, je les laisserai donc dans leur basse méconnaissance des choses. Car voyez-vous je ne souhaitais pas découvrir le monde entier, j’en étais - et le suis toujours - bien incapable et mon cerveau ne peut s’émerveiller face à une quantité d’informations si vaste à stocker et remobiliser. J’avais donc choisi de pleinement vivre ce qui m’entourait. Pouvoir m’émerveiller de ce qui est proche, sans rêver à ce que je n’ai pas.

Je commençais donc par la route, passant devant la grange d’un vieux monsieur qui, même si je ne l’ai jamais vu, ne lui ai jamais parlé, je sais, s’émerveillait lui aussi de ce qui l’entourait. À savoir du bois, travailler le bois pour en faire de petites choses. Des petites choses emplis de souvenirs, de pensées, de grandes choses. J’aimais passer par là car, en plus de l’odeur du bois travaillé, mes oreilles se régalaient de la musique qui émanait de cette grange. Du bon vieux rock, sentant bon les vieilles décennies.

Poursuivant mon périple je passais également devant la maison d’un petit gars, un peu timide, bavard quand il le faut, silencieux par nécessité. J’aimais en général m’asseoir face à son terrain pour manger une pomme piquée à son voisin et le regarder aiguiser sa faux, délicatement saisir les herbes passant sur le chemin du fil de la lame. J’aimais voir ces andains naturellement formés, le voir s’arrêter à intervalle régulier, réglé comme une horloge, affutant sa lame avec amour et recommençant sa danse si gracieuse, si précieuse. En quittant cet endroit je prenais toujours le temps de regarder son potager, ses insectes par milliers, ses fleurs poussant librement, assumant pleinement leur place dans ce petit écrin de vie.

Par moment, il m’arrivait d’être persuadé que les arbres que je rencontrais le long des chemins vivaient bien plus profondément que ce que les Hommes pensaient. Il m’arrivait parfois de croire entendre des murmures, des intonations dans les vents fouettant mon visage. Je ne connaitrais maintenant jamais la réponse, est-ce important désormais ?

Ma ballade arrivait à son terme, j’étais désormais sur les bords de Loire, suivant le courant, admirant les libellules dans les hautes herbes, lorsque je m’aperçus que mon lacet gauche était défais. Je me penchai pour le refaire, le vent s’était levé avec une puissance encore ici inconnue, ce n’était plus des murmures que je semblais percevoir maintenant, mais des rugissements, des cris d’une noirceur abyssale. Abrité contre un rocher au bout d’une ancienne cale je m’accroupis pour renouer mes lacets, le vent hurlant de part et d’autres du rocher.

En me relevant, tout avait changé. Je clignai des yeux, une fois, deux fois, le changement s’était transformé en présent. Devant moi le néant, une terre nue, plus rien du tout. Le lit de la Loire était visible, plus de poissons ni d’algues. Les herbes hautes n’étaient plus, les arbres au loin non plus. Rien.

Rien à part moi, mes lacets. En regardant autours de moi je remarquai une libellule au sol, cette dernière avait dû précisément se trouver à moitié couvert par le rocher lors du cataclysme. Elle n’avait maintenant plus qu’une aile, à terre elle tentait en vain de s’envoler, de reprendre le cours de sa vie.

« N’essaie pas plus petite merveille, il est trop tard. Il n’y a plus que nous », lui dis-je avec la voix la plus apaisée que je puisse trouver en mois.

La nature, dans un sursaut survivaliste absolu et non nihiliste comme j’ai pu le croire au début, avait sauvé sa Terre en s’auto-détruisant avec une coordination chirurgicale, un travail de l’ombre ayant réuni toutes les espèces du globe. Elle avait éradiqué la plus infâme des vermines, L’Humanité.

« Il n’y a plus que nous … »